Tous Patriotes !

comédies d’Octave Mirbeau


Les six textes qui composent le spectacle Tous Patriotes ! sont extraits de la série des Dialogues tristes.


Dans Les Dialogues tristes, si l’on pleure, c’est d’abord de rire.

Arnaud VAREILLE, préface des Dialogues tristes - Editions Euredit



Les Dialogues Tristes

Les Dialogues tristes sont le titre d’une série de vingt-cinq dialogues, publiés par l’écrivain français Octave Mirbeau dans les colonnes de L’Écho de Paris, entre le 15 septembre 1890 et le 9 août 1892. Ils n’ont été recueillis en volume qu’en 2005.


Au moment où il publie ces dialogues, Mirbeau traverse une très grave crise : à son pessimisme existentiel, qui confine au nihilisme, s’ajoutent une grave crise conjugale, une profonde répulsion pour la société bourgeoise et ses institutions, un sentiment récurrent d’impuissance littéraire et un dégoût de la littérature en général et du roman en particulier. Mais, professionnel de la plume, il est bien obligé de poursuivre sa collaboration à un journal qui le dégoûte afin de gagner (convenablement) sa vie.


À cette fin, la forme du dialogue est pour lui une solution de facilité, car il excelle dans l’art de la conversation, il a le don de l’observation, il sait trouver les répliques qui semblent naturelles tout en suscitant l’émotion, le rire ou la réflexion. Il ne se cache pas, de surcroît, d’avoir été influencé par le style neuf d’un jeune poète qu’il vient de lancer, grâce à un article retentissant du Figaro : Maurice Maeterlinck.


Mais, par-delà le pastiche et la facilité d’un écrivain qui se cherche et qui fait ses gammes, en attendant de se lancer tardivement dans le théâtre, on y retrouve l’humour noir dévastateur et l’ironie vengeresse d’un libertaire écœuré par les turpitudes sociales (la misère, la prostitution, le chômage, le travail des enfants), par l’hypocrisie et la bonne conscience homicide des bourgeois, par le misonéisme et la stupidité des critiques, et par les idéologies meurtrières en vogue (patriotisme, revanchisme).


Liés à l’actualité, ces dialogues mettent en scène nombre de fantoches grotesques représentatifs de l’ordre social absurde et injuste que Mirbeau souhaite dynamiter, et ils contribuent du même coup à disqualifier les institutions ou les valeurs qu’ils incarnent. Il est à noter que dans l’un d’eux, « Consultation », il proclame le droit à l’avortement et développe pour la première fois des thèses néo-malthusiennes.



L’auteur

Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières (Calvados) et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain, critique d’art et journaliste français. Il connaît une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques, ce qui n’est pas commun.


Journaliste influent et fort bien rémunéré, critique d’art défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, Octave Mirbeau est aussi un romancier novateur, qui a contribué à l’évolution du genre romanesque, et un dramaturge, à la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde.

Mais, après sa mort, il traverse pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il est visiblement trop dérangeant pour la classe dirigeante, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social.


Littérairement incorrect, il est inclassable, il fait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étend à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles ; également politiquement incorrect, farouchement individualiste et libertaire, il incarne une figure d’intellectuel critique, potentiellement subversif et « irrécupérable », selon l’expression de Jean-Paul Sartre dans Les Mains sales. (Wikipédia)



Notes d’intentions


L’attentat du 7 janvier 2015, a entraîné un questionnement de notre société sur les valeurs et les principes qui la cimentent.

A travers cette atteinte à la liberté d’expression, ce sont les principes de République et de Démocratie qui sont attaqués.


Cet attentat se produit dans un contexte de crise profonde de notre démocratie représentative, dont l’abstentionnisme lors des élections est le signe le plus visible.


Et nous voilà, tout à coup tirés de notre torpeur, à devoir nous réapproprier, défendre : république, démocratie, laïcité, citoyenneté, liberté d’expression,… ; des valeurs en crise dans une société à la pensée unique… Douloureux réveil.


Octave Mirbeau surgit du XIXe siècle avec une liberté de penser et de ton qui rendent son sens au concept de « liberté d’expression ». D’abord, il ne confond pas transgression et subversion.

Dans notre société de plus en plus policée, conformiste et résignée, ces dialogues questionnent le fameux  «vivre ensemble» et confèrent à Mirbeau une incroyable modernité, tant par le style que par le fond.


Tous Patriotes ! aborde de nombreux sujets d’actualité et de débat, tels que : droit à l’avortement, rapports de classes, démocratie, colonialisme (et immigration), citoyenneté, patriotisme (et nationalisme),...


En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale, Mirbeau témoigne de l’esprit de revanche d’une certaine bourgeoisie, plus de vingt ans avant l’éclatement du conflit…

Le patriotisme n’est plus que le masque macabre d’une guerre à venir ; une guerre économique et coloniale.

Patrice Bousquet, avril 2015

Création 2015

avec
Annie Robert
Patrice Bousquet
Denis Rolland


Costumes
Donate Marchand


Dessin affiche

Elisabeth Hennuyer


Régie lumière
Hugo Couvreur


Mise en scène
Patrice Bousquet

Tous droits réservés © Théâtre de l'Orage