Les Deux Billets

comédie en un acte de Jean-Pierre CLARIS de FLORIAN


La pièce


Elle est la première de Florian ; d’une exceptionnelle simplicité de construction, elle repose sur une donnée comique efficace :

  1. Arlequin - qui a reçu d’Argentine, qu’il aime, un billet où celle-ci lui confie qu’elle partage ses sentiments - se fait subtiliser ce gage précieux par son rival Scapin, au moment où il vient d’apprendre qu’il avait gagné à la loterie.

  2. Argentine repousse Scapin. Celui-ci échange alors son billet amoureux frauduleusement obtenu contre le billet gagnant de la loterie. Mais Argentine parvient à le lui reprendre finalement par la ruse, pour épouser à la fois celui qu’elle aime et le plus riche des deux rivaux.



L’auteur

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) est particulièrement connu en tant que fabuliste, ses fables étant unanimement considérées comme les meilleures après celles de Jean de la Fontaine.

Certaines de ses morales sont encore citées couramment, comme « Pour vivre heureux, vivons cachés » (Le Grillon), « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » (Le Vacher et le Garde-chasse) ou « L’asile le plus sûr est le sein d’une mère » (La Mère, l’Enfant et les Sarigues).

Quant aux expressions « éclairer sa lanterne » ou « rira bien qui rira le dernier », elles sont tirées respectivement des fables Le Singe qui montre la lanterne magique et Les deux Paysans et le Nuage.




Après la création de Tedy et le constat de ce que peut engendrer la misère, il s’agit pour nous d’envisager et de proposer des perspectives souriantes, porteuses d’idéal.

Proposer de nobles sentiments et se faire l’écho de la sagesse populaire ; une pièce dans laquelle l’honnêteté, la sincérité et l’amour triomphent en notre époque de libéralisme, de régression et de découragement.

Pas de beaux sentiments désuets, mais éternels et, surtout, d’avenir : l’amour a plus de valeur que l’argent !


Avec cette pièce, Florian a voulu unir deux genres de comédie : celle de sentiment et celle d’intrigue. Il s’agit d’émouvoir et d’amuser, d’où le recours au personnage d’Arlequin.

Ainsi que l’a écrit Jean-Noël Pascal : «...s’estimant incapable de corriger les mœurs par la peinture de caractères extrêmes ou «en attaquant les grands vices», Florian choisi par le truchement d’Arlequin, un modeste professeur de la vertu familière.»


Mais cette pièce, sous ses dehors légers, va au delà.

Ecrite en 1779 - dix ans avant la révolution française - elle nous signifie que la candeur, la vertu ne sauraient à elles seules dissuader le voleur, ni changer le fond de l'être déterminé à nuire, à tromper.

L'innocent et l'humble sont prompts à pardonner celui qui les abusent, le créditant trop facilement de leur propre vertu.

Pour ce qui est des vertus de la compassion et de la générosité : aujourd’hui, quels sont les classes sociales qui - comparativement à leurs ressources - donnent le plus pour la lutte contre le cancer, le Téléthon, Les Restos du Cœur, etc ?...

C'est un être lucide (ici une femme), révolté par l'injustice, refusant la fatalité de la dépossession et non entravé par ses bons sentiments, qui obtiendra réparation en n'hésitant pas à tromper le trompeur ; qui démasquera celui qui divise pour profiter...


Patrice Bousquet  - octobre 2012

Création 2012

avec
Annie Robert
Patrice Bousquet
Michel Fontaine

Costumes
Agnès Liotté

Création lumière
et régie

Baptiste Ruault

Mise en scène
Patrice Bousquet

Tous droits réservés © Théâtre de l'Orage